Ensemble pour une deuxième république

Les dictateurs sont « éjectables » : Montée et déclin des sbires militaires des États-Unis

De Suharto à Moubarak : l’histoire se répète? 

  

En mai 1998, le président Suharto d’Indonésie a été renversé à la suite de manifestations de masse.

Les médias occidentaux ont signalé tous en chœur la « démocratisation » : le « roi de Java » avait été renversé par des manifestations de masse, comme ce fut le cas d’Hosni Moubarak, décrit par les médias contemporains comme le « pharaon d’Égypte ».

Les dictateurs sont « éjectables » : Montée et déclin des sbires militaires des États-Unis dans Politique Internationale Riots_May_1998_Trisakti_incide

Mouvement de protestation étudiant en mai 1998 à Jakarta

La crise asiatique de 1997

La crise financière asiatique de 1997 qui a servi à appauvrir des millions de personnes a été l’œuvre des spéculateurs institutionnels. Ce fut un processus de manipulation délibérée du marché qui consistait à déstabiliser les monnaies nationales par la « vente à découvert ».

  

La rupiah indonésienne a été déstabilisée, les prix des aliments sont montés en flèche, les salaires réels se sont effondrés de plus de 50 %. Les travailleurs de Nike dans la fabrication d’articles destinés à l’exportation recevaient 45 dollars par mois avant la crise. Dans la foulée de la dévaluation de la rupiah, leurs salaires ont chuté à moins de 20 dollars par mois.

Le mouvement de protestation de mai 1998 contre le président Suharto a été déclenché par la pauvreté largement répandue et les inégalités sociales causées par la « médecine économique » fatale du FMI imposée avant et après la crise asiatique.

  

Le 13 mai 1998, le meurtre de six étudiants à l’Université Trisakti à Jakarta a donné lieu à des demandes de résignation du président Suharto, lequel avait occupé la présidence pendant 31 ans.

  

Dans un commentaire publié par l’Irish Times en mai 1998, l’auteur du Centre de recherche sur la mondialisation, Finian Cunningham a abordé l’euphorie des médias occidentaux décrivant Suharto comme le « roi de Java renversé par son peuple » (Voir Irish Times, 22 mai 1998)

  

[Cette évaluation] juge très mal l’équilibre du pouvoir, non seulement en Indonésie mais dans bien d’autres parties du monde. La principale leçon à tirer de l’agitation en Indonésie devrait être le rôle décisif joué par les États-Unis et le Fonds monétaire international (FMI). Si des gens doivent s’attribuer le mérite d’avoir renversé Suharto de manière décisive, ce sont ces hommes de main de l’ordre capitaliste mondial, pas le pouvoir populaire […] Après avoir pillé durant environ 30 ans les riches ressources de l’Indonésie, il est devenu évident que Suharto ne convenait plus aux puissances occidentales lorsque l’Indonésie a attrapé la grippe financière asiatique l’automne dernier. Contrairement aux autres tigres faibles de l’Asie, Suharto s’est révélé insuffisamment habile dans la gestion du traitement choc néolibéral habituel du FMI visant une soi-disant reprise économique [...] Ce néocolonialisme a pour effet de permettre un meilleur contrôle des ressources d’un pays par le capital étranger et laisse invariablement la majorité de la population davantage dans la misère, alors que la richesse est siphonnée encore plus rapidement sur les marchés boursiers de Londres et New York.

  

En Indonésie, les signes sont déjà inquiétants. Le successeur de Suharto n’est plus dévoué à la démocratie et à la justice sociale, la machine militaire du pays continue à fonctionner avec une efficacité brutale et, notez ceci, le FMI réitère ses appels aux « réformes libérales » et aux réductions dans les dépenses publiques.

  

Malheureusement, ce n’est pas une affaire de « roi renversé par le peuple », mais plutôt de « sbire abandonné par la Mafia » — la Mafia étant l’élite financière occidentale –qui peut continuer à tabasser les Indonésiens avec un autre instrument [1]. (Finian Cunningham, Irish Times, 25 mai 1998) 

  

Les galonnés des armées et des appareils de renseignement indonésiens et égyptiens ont été entraînés aux États-Unis, aux mêmes académies militaires. Moubarak et Suharto ont tous deux été installés par Washington.

  

Les deux régimes et leurs armées ont commis des atrocités contre leur population. Les deux dirigeants ont servi à miner le nationalisme postcolonial.

Le massacre de 1965 financé par la CIA

En 1965, le major-général Suharto a été l’instigateur d’un massacre de plus d’un demi-million de membres et de partisans du Parti communiste d’Indonésie (incluant des membres de leurs familles). Ce massacre, financé par la CIA, a été exécuté en coordination avec l’ambassade étasunienne : le but ultime était d’affaiblir et de déloger le gouvernement nationaliste de Sukarno, lequel avait l’appui du Parti communiste.

Dans un contexte différent, le maréchal de l’air Hosni Moubarak a joué un rôle similaire dans la transition ayant suivi la période nationaliste Nasser-Sadat. Il est devenu vice-président en 1975 et a été installé comme président dans la foulée de l’assassinat d’Anwar Sadat en 1981.

Des documents déclassifiés confirment l’étendue du massacre en Indonésie financé par les États-Unis :

  

Par exemple, un rapport de l’ambassade des États-Unis daté du 13 novembre 1965 transmettait des informations de la police voulant que « de 50 à 100 membres du Parti communiste indonésien (PCI) [aient] été tués chaque nuit en Java orientale et centrale [...] ». L’ambassade a par ailleurs admis dans un aérogramme du 15 avril 1966 destiné à Washington : « Franchement, nous ne savons pas si le nombre [de membres du PCI tués] est plus près de 100 000 ou de 1 000 000, mais nous croyons qu’il est plus sage de se tromper en mentionnant les estimations plus basses, particulièrement lorsque nous sommes questionnés par la presse. » À la page 339, on semble endosser le nombre de 105 000 morts qu’avait proposé l’agent du service extérieur Richard Cabot Howland en 1970 dans une publication classifiée de la CIA.

  

Relativement à une autre question très controversée, celle de l’implication des États-Unis dans les tueries, le volume comprend une « note éditoriale » à la page 387 décrivant l’aérogramme du 10 août 1966 envoyé par l’ambassadeur Marshall à Washington et indiquant qu’une liste des hauts dirigeants communistes préparée par l’ambassade, sans lui être attribuée, « était apparemment utilisée par les autorités indonésiennes en matière de sécurité, lesquelles ne semblent pas avoir la moindre information officielle sur le leadership du PCI de l’époque ». Le 2 décembre 1965, Green a endossé un paiement clandestin de 50 millions de rupiah au mouvement Kap-Gestapu qui menait la répression. Toutefois la réponse de la CIA au département d’État, datée du 3 décembre, est entièrement classifiée. (pp. 379-380).

  

L’intervention de la CIA dans la publication du département d’État n’est que la dernière d’une série de controverses semblables remontant à 1990, lorsque la CIA a censuré un volume de l’État sur l’Iran au début des années 1950 afin d’exclure toute référence au coup appuyé par la CIA qui a renversé Mossadegh en 1953.

  

(Voir National Security Archive http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB52/

  

Changement de régime en Indonésie 

  

En mai 1998, le climat était jubilatoire à Jakarta et ressemblait énormément à celui qui règne en Égypte aujourd’hui. Sous les ordres de Washington, Suharto a été remplacé par son vice-président B. J. Habibie. 

  

« Pour les étudiants, c’était une affaire du genre « le roi est mort, à bas le roi! » [...] L’ambiance avait commencé à changer très tôt lorsque des rumeurs couraient à l’effet que le président Suharto allait s’adresser à la nation à 9 heures du matin. Des centaines de personnes se sont réunies devant un grand écran de télévision dans l’entrée sale et faiblement éclairée lorsqu’est apparu un général Suharto à l’air fatigué.

  

Ils ont écouté silencieusement jusqu’à ce que le seul président qu’ils aient connu en Indonésie leur dise : « J’ai décidé de quitter ma fonction de président de l’Indonésie, dès aujourd’hui, le jeudi 21 mai 1998, lorsque j’aurai fini de lire cette déclaration. »

  

À cet instant, ils ont collectivement poussé un cri de jubilation qui a duré plusieurs minutes. Personne n’a entendu le général Suharto poursuivre pour annoncer qu’en vertu de la Constitution, son adjoint, M. B.J. Habibie, deviendrait président jusqu’à la fin de son mandat, lequel prend fin en 2003. Ils n’ont pas non plus entendu le général conclure en disant : « Je demande pardon pour toutes mes erreurs et mes lacunes. » [Massacre de 500 000 personnes, M.C.]

  

Les étudiants dansaient sur le toit, sautaient dans les airs et dans la fontaine ornementale dehors. Ils se roulaient même dans les débris de trois jours d’occupation.

  

Quelques-uns pleuraient, d’autres priaient, les couples s’enlaçaient. Seulement neuf jours après que les troupes eurent tué quatre d’entres eux sur le campus de Trisakti, ils n’arrivaient pas à croire qu’ils avaient réussi à renverser le dirigeant qu’ils tenaient responsable.

  

[...] La nuit précédente, le général Wiranto avait évalué la situation de la sécurité avec les trois chefs de service et le chef de la police nationale. Les perspectives étaient sombres. Les étudiants représentant 50 universités prévoyaient demeurer dans le Parlement jusqu’à ce que Suharto démissionne. Ils étaient largement appuyés, même par l’armée. [Cet appui faisait partie du processus de changement de régime. Comparez avec l'Égypte. M.C. C'est l'auteur qui souligne.]

  

« L’édifice appartient au peuple, à nous tous », a déclaré le lieutenant-colonel Nachrowi, porte-parole du commandement militaire de Jakarta, expliquant qu’il n’y avait pas d’ordre de mettre fin à la manifestation. [Comparez à l'Égypte, février 2011, M.C.]

Les étudiants avaient coopéré avec les soldats et fait appel au commandant de l’armée de Jakarta, le brigadier-général Silalahi, lorsque des documents clés sont disparus après que deux intrus eurent infiltré le corps étudiant. [Comparez à l'Égypte.]

  

Entre-temps, les événements se bousculaient ailleurs. La secrétaire d’État étasunienne, Mme Madeleine Albright, a suggéré publiquement que le général Suharto démissionne, annonçant ainsi la fin de l’appui international. Il avait été impossible pour le président Suharto de mettre en place le comité de réforme qu’il avait promis mardi, car les universitaires l’avait rejeté. [L'histoire se répète. Comparez les déclarations de Madeleine Albright à celles d'Hillary Clinton, M.C.] Le général Suharto n’avait pas d’autre alternative que de remettre le pouvoir aux mains de son copain de longue date, M. Habibie, et de s’assurer auprès du général Wiranto, un autre de ses protégés qu’il a mis en poste en janvier, que la famille conserverait son statut et sa richesse.

  

La décision a été prise à une heure du matin chez Suharto. Les étudiants ont compris tout ce qu’elle impliquait seulement lorsqu’ils ont entendu l’enregistrement de la déclaration du général Suharto annonçant sa démission.

  

L’euphorie s’est rapidement dissipée. Ils s’étaient débarrassés du « vieux voleur », comme l’a dit un étudiant en économie, mais Habibie « est pareil, un autre criminel ». Une femme d’âge moyen, disant avoir fait partie du personnel du président a fait remarquer dégoûtée: « Il s’inclinait devant Suharto et l’embrassait constamment. »

  

Les étudiants avaient goûté à une victoire enivrante et ne voulaient pas être déçus par un compromis laissant les alliés de M. Suharto en place. Ils avaient ouvert le paysage politique à une véritable réforme démocratique, mais sentaient qu’ils devaient être actifs et vigilants, sans laisser leurs gains filer.

  

Le Dr Amien Rais – un vieil ami de M. Habibie – a dit hier qu’il attendrait de voir la composition du nouveau Cabinet qui sera annoncée ce matin avant de décider s’il l’endosserait. Son conseil aura beaucoup de poids auprès des étudiants, qui, pour l’instant, ne bougent pas du Parlement.

  

Au cours de la journée hier, de plus en plus d’étudiants sont arrivés pour se joindre aux célébrations d’une victoire extraordinaire, soit le renversement du dirigeant asiatique le plus longtemps en poste. De petits camions roulaient avec à bord des volontaires lançant des boissons et des sacs de riz offerts par un riche sympathisant. Les étudiants chantaient, dansaient et se prenaient en photo.

  

Plus tard, ils voudront tous dire qu’ils étaient là, dans le Parlement, lorsque le général Suharto, connu comme le roi de Java, a été renversé. (Conor O’Clery, The day the ‘king of Java’ was deposed by his own people, Irish Times, 22 mai 2011). 

  

La fin de Suharto a entraîné la continuité. Jusqu’à ce jour, la machine militaire, combinée à une forme de développement capitaliste impitoyable, règnent en Indonésie. Le pays est riche en ressources naturelles et producteur de pétrole, et pourtant, la pauvreté et le chômage sont endémiques. Des conglomérats étrangers se sont approprié la richesse du pays avec le soutien de la machine militaire et de l’appareil policier.

  

Suharto et Moubarak ont tous deux été des hommes de main des États-Unis recrutés dans les rangs de l’armée. Ce sont des dirigeants éjectables: lorsque l’on n’a plus besoin d’eux, on les remplace. Pour reprendre Finian Cunningham relativement à l’Indonésie (1998), « la machine militaire du pays continue de fonctionner avec une efficacité brutale ».

Des élections démocratiques ont eu lieu en 1999 et le Parlement a nommé Abdurrahman Wahid président et la fille de Sukarno, Megawati, vice-présidente. Wahid a été destitué par la suite. L’illusion d’un gouvernement populiste persistait avec Megawati comme pantin présidentiel (2001-2004).

Entre-temps, le rôle de l’armée et ses liens avec les États-Unis sont demeurés indemnes. En 2004 un (ancien) commandant militaire de carrière, Susilo Bambang Yudhoyono, est devenu président. Il avait des liens étroits avec le Pentagone et a été formé à Fort Benning et à l’US Army Command and General Staff College à Fort Leavenworth au Kansas. Il a été réélu en 2009.

Égypte : un coup d’État financé par les États-Unis?

  

En Égypte, la machine militaire domine après la chute de Moubarak. Le feld-maréchal Mohamed Hussein Tantawi, ministre égyptien de la Défense, commandant en chef des Forces armées et chef du conseil supérieur de l’armée depuis le 11 février 2011, est le chef d’État de facto et Omar Souleimane est vice-président. Les deux hommes ont été désignés par les États-Unis.

Le feld-maréchal Tantawi et le secrétaire à la Défense étasunien Robert Gates

Tantawi a noué il y a longtemps des liens dans les plus hautes sphères de l’armée étasunienne, soit depuis l’époque où il était au commandement des forces alliées durant la guerre du Golfe en 1991. Ahmed Shafik, un ancien commandant en chef de l’Armée de l’air occupe le poste de premier ministre.

  

Non seulement l’armée a le mandat d’implanter la démocratie, mais plusieurs leaders de l’opposition, dont Mohammed ElBaradei, on aussi appelé la population égyptienne à appuyer l’armée.

  

L’opposition dans la société civile, soutenue par les États-Unis, (comprenant Kefaya et le Mouvement du 6 avril) est en contact à la fois avec les militaires et l’ambassade étasunienne. On rapporte que ses membres « ont rencontré de hauts gradés du conseil supérieur de l’armée ». « Les manifestants ont dit que les généraux avaient exprimé leur « sincère intention de préserver les gains de la révolution ». » (Egypt’s opposition fights itself as army tightens control – World Wires – MiamiHerald.com, 14 février 2011)  

Sincère intention? Souleimane et Tantawi, maintenant tous deux responsables de la « transition démocratique » au nom du mouvement de protestation, sont les nouveaux sbires militaires de Washington. Tant pis pour la démocratie. Les deux hommes sont chargés de torturer au nom de la CIA en vertu du programme de « restitution extraordinaire » de l’agence.

  

L’Égypte est la destination la plus courante pour les suspects envoyés par les États-Unis dans le but d’être interrogés et, en dernier lieu, torturés. La restitution extraordinaire, c’est [...] parfois la torture par procuration ou l’externalisation de la torture. Parfois les agents de la CIA vont avec les détenus dans la salle d’interrogatoire. La plupart du temps toutefois, ils sont à l’extérieur de la salle et entrent une fois que le détenu a été torturé afin de le questionner.

[...] Les États-Unis envoient 1,5 milliards de dollars annuellement à l’Égypte et la majeure partie de cet argent va à l’armée. Et pourtant, les États-Unis ont toujours été au courant de ces violations flagrantes des droits de la personne par le gouvernement égyptien. Nous avons financé tout le gouvernement et la police qui commettaient ces actes. Omar Souleimane, le vice-président, était le pilier de la torture égyptienne quand la CIA envoyait des prisonniers en Égypte en vertu de son programme de restitution extraordinaire. En réalité, il a lui-même commis certains des pires actes de torture. Il supervisait la torture par la police secrète et il est pourtant un ami très proche du gouvernement étasunien, y compris de l’administration Obama. (Marjorie Cohn,  Egypt was a common destination for torture of detainees sent by U.S, Global Research, 16 février 2010). 

  

Washington tire les ficelles qui contrôlent à la fois l’appareil militaire et l’opposition de la société civile égyptienne. Les détails de la « négociation » entre les représentants du mouvement de protestation et les militaires ont déjà été déterminés par Washington DC.

La société civile et les groupes jeunesse financés par les États-Unis ont trahi le mouvement populaire.

 Articles de Michel Chossudovsky publiés par Mondialisation.ca

5 mars, 2011 à 23:34 | Commentaires (0) | Permalien


Le vent de liberté dans le monde arabe est-il endogène ?

«La non-violence est mon premier article de foi. C’est aussi le dernier article de mon credo.» Gandhi     En cette veillée  d’armes où chacun fourbit ses arguments et ses slogans pour la « marche » et compte en découdre en mettant en première ligne les jeunes qui n’ont aucune protection en face des forces du pouvoir, c’est de part et d’autre une spirale aventureuse qu’il faut absolument éviter. De quoi s’agit-il? Il s’agit de promouvoir une alternative par le changement radical de la politique dans le pays. Est-ce un changement dans le système ou est-ce un changement du système? Est-ce qu’il s’agit de répondre aux aspirations de liberté, de dignité des citoyens et aussi leur assurer des conditions de vie décentes dans lesquelles ils peuvent s’épanouir sans être des assistés qui règlent leur problème par l’émeute ou est-ce un tsnunami qui emporte d’une façon brutale le système comme en Tunisie ou en Egypte avec comme possibilité une étape plus ou moins longue de chaos? Le mimétisme est ravageur et il n’y a pas de similitude entre la révolte tunisienne avec les conséquences que l’on sait, ni même avec la révolte égyptienne. 

Chaque révolte ou révolution a ses spécificités. Ceci étant dit, la Révolution de 1988 en Algérie, curieusement « non parfumée » par l’Occident, il y a près d’un quart de siècle a été vécu uniquement par les Algériens avec les prolongations que l’on sait en terme de terreur de morts de deuil. Le seul résultat tangible est que le champ médiatique avec une centaine de quotidiens et d’hebdomadaire libre de gloser- les journaux ne s’n privent pas- sur le gouvernement est l’un des plus ouverts des sociétés du monde. Quand aux médias lourds depuis les cinq dernières années avec la galaxie internet on peut   communiquer sans problème. C’est pour cela que Octobre 1988 peut être vu comme le catalyseur d’une cinétique d’émancipation de la société arabe. Les Tunisiens et  les Egyptiens vivent à leur façon l’euphorie que nous avons connue en 1988. Il faut leur souhaiter qu’ils ne passent pas par l’itinéraire sanglant que nous avons du emprunter sans mettre un point final à cette libération qui tarde encore à se concrétiser malgré les avancées- certes incomplètes sur le plan de la liberté d’expression. Pour Pierre Haski, «les révolutions de Tunisie et d’Egypte ne sont pas nécessairement duplicables par les opposants des autres pays arabes. La Tunisie et l’Egypte avaient en commun un dictateur au profil connu, officier vieillissant ayant troqué l’uniforme pour le costume-cravate, une armée républicaine, une relative homogénéité de leur population, et une classe moyenne importante doublée d’un fossé social considérable. (…) Les potentats des prochains pays sur la ´´liste´´ commencent à intégrer les leçons de ces événements et dans le bras de fer qui les oppose à leur peuple, ils fourbissent leurs armes avec d’autant plus de rapidité qu’ils savent, au vu des événements récents, que passé un certain seuil, ils sortent de l’Histoire. Ces conditions ont permis la rencontre entre une jeunesse moderne et connectée aux réseaux sociaux mondiaux, et les laissés-pour-compte de la croissance, avec la bienveillance d’une armée qui a refusé de tirer sur le peuple ».(1) 

« (…) De surcroît, les révolutions tunisienne et égyptienne ont pris tout le monde par surprise, à commencer, évidemment, par les dinosaures qui gouvernaient ces deux pays, et qui pensaient que leurs moukhabarat (police politique) à la main lourde suffisaient à assurer leur sécurité face à une population au mieux résignée, au pire terrorisée. Aucun autre dirigeant arabe ne peut ignorer aujourd’hui les menaces qui pèsent sur lui. D’abord, parce qu’ils ont tous compris que lorsque leurs enfants étaient sur Facebook, ce n’était pas seulement pour draguer ou échanger des photos de soirée avec leurs amis, mais aussi pour préparer des révolutions. Les moukhabarat sont eux aussi sur Facebook. Les experts  ou les politiques qui estimaient que le Monde arabe était condamné à l’alternative: dictateur plus ou moins éclairé ou islamistes, ont été démentis de manière éclatante. Ils n’ont pas vu monter une nouvelle génération connectée et désireuse de vivre «normalement», sans la censure des dictateurs, ni les fetwas des imams. (…) Le pire, pour les régimes autoritaires, serait de considérer que survivre à cette vague révolutionnaire leur donnerait un blanc-seing pour poursuivre comme si de rien n’était. Ce serait la meilleure recette pour prendre en pleine figure l’effet boomerang de leur immobilisme, d’autres révoltes ou d’autres révolutions, qui prendraient des formes aussi imprévisibles et déconcertantes que celle qui vient de balayer en quelques semaines des régimes qui semblaient indéboulonnables». (1) Ces révolutions sont-elles endogènes? 

   Et si toutes ces révolutions étaient voulues, encouragées, voire dirigées par un chef d’orchestre transcendant? Ce tsunami prévisible était inéluctable, la marmite arabe devait exploser à tout moment. Cependant, le facteur temps a pris de court ceux qui ne s’y attendaient pas. Cette réaction en chaîne est, nous le croyons, parfaitement maîtrisée par les stratèges qui savent freiner ou accélérer le flux de neutrons de la protesta par Facebook interposé.    Sur le site Evaresist justement, cette analyse décapante nous permet de percevoir la réalité des révolutions parfumées. «Théâtre d’ombres, encore et toujours. Les peuples croient se libérer, en fait, les chaînes ne font que changer. Il y a eu les Révolutions de couleurs, présentées par les Médias laquais du NWO (ou du N.O.M., selon vos préférences) (NOUVEL Ordre Mondial) comme une réussite totale: «Dehors les tyrans, et en douceur, s’il vous plaît!» Mais en réalité, le ´´tyran´´ au service du peuple a laissé la place au ´´démocrate´´ au service de l’Oligarchie. Jolie réussite, en effet! Les dindons de la sinistre farce sont les peuples, encore et toujours. Avec d’heureux loupés: voici par exemple l’Ukraine qui repasse dans l’autre camp, non-aligné, la démocratie des élections libres se retournant contre les tenants des démocraties à la sauce occidentale. Révolutions de couleurs démasquées par les internautes et par les plus futés des citoyens, bref, elles ne font donc plus recette. On change donc le nom, exit les révolutions orange et autres. L’Iran tient à sa souveraineté, il refuse de se soumettre? Une guerre coûterait trop cher, actuellement? On envoie un virus en ´´achetant´´ les meilleurs informaticiens. Et voici les installations nucléaires paralysées ». (2) 

« Ça ne suffit pas? Dans la lancée des révolutions arabes, les agitateurs professionnels des ambassades de l’Occident, mais aussi des étudiants galvanisés par les mirages de la prospérité anglo-saxonne, ou des nervis grassement payés, tout ce beau monde est en train de battre le rappel des anti-Ahmadinejad autour de l’opposant fantoche, afin de réussir en Iran le numéro joué dans les pays arabes.» (2)  Sauce occidentale 

«Sur ordre de l’Oligarchie, les journaleux des Médias braquent maintenant, aussi, leurs projecteurs sur la Chine ou sur la Russie. Pour rendre ces pays, ou leurs dirigeants, impopulaires. Le NWO finance les opposants, ou en crée au moyen d’une subtile manipulation qui touche d’abord, comme toujours, les plus jeunes, les plus malléables et les plus modernes.. Les Médias sauront habilement mettre en valeur ces opposants au Régime, en donnant l’illusion d’un ´´effet foule´´, en braquant leurs caméras là où il y a un peu de monde. Enfin, le prix Nobel vint à point nommé récompenser un grand opposant à la Chine d’aujourd’hui, pour préparer l’opinion au conditionnement contre ce pays si puissant et non-aligné. Quant au frère russe, l’Occident joue Medvedev plus malléable, plus ´´occidentalisable´´, et aux racines juives – contre l’incorruptible Poutine, énergique et passionnément attaché à sa terre, à l’indépendance de son pays. Bref, les ferments de division sont instaurés. Bref, d’une façon ou d’une autre, ce sont les Révolutions de couleurs que l’on promeut, pour mieux provoquer un changement qui ne profitera en définitive qu’à la Mafia de l’Occident.» (2) 

 «L’affaire est entendue. Ben Ali gêne, car au lieu de laisser l’Occident piller son pays, il le réserve à son Clan, à sa famille. Exit Ben Ali. Moubarak est encombrant, discrédité – et sur le point d’assurer sa succession lui-même. Dès le début, les Etats-Unis ont joué la carte de l’Armée, fidèle alliée – on ne refuse rien à son mécène. (…) Et on veut présenter l’Egypte comme un pays libre? En sachant qu’il constitue une pièce maîtresse, docile, pour les tenants du grand Israël ou les financiers de Wall-Street et de la City, via le canal de Suez emprunté par toutes les grandes Compagnies entendant poursuivre leur juteux commerce. Pas question de lâcher le morceau, donc… Cela s’est passé, selon moi, en deux temps: un premier, on envoie les Policiers juchés sur leurs chevaux ou sur leurs dromadaires terroriser les manifestants. Les manifestants sont restés, ils ont désarçonné les sbires, gardé les chevaux, et perdu 300 des leurs. Ils sont restés! Obama avait une deuxième carte, jouer le jeu des manifestants plutôt que les réprimer. Donc, l’Armée n’a pas bougé, n’a pas tiré. Son crédit devait rester intact auprès des Egyptiens. Vous avez dit armée libre? Bref, Suleiman a été viré, et il a été remplacé par le Général pâlot, suffisamment pâlot pour être téléguidé par Washington, en sous main. (…) » (2)

« La démocratie à la sauce occidentale ne fonctionne que si les dés sont truqués, en d’autres termes que si les électeurs votent pour les marionnettes choisies par l’Oligarchie: Bush (version stupide) ou Obama (version intelligente). (…) Bref, attendons les élections, et voyons le résultat. Si les Egyptiens ont le bon goût de laisser leurs Frères musulmans faire de la figuration, tout ira bien pour l’Occident. Ils accepteront le résultat des élections. Mais… Mais s’ils risquent d’accéder au pouvoir? Les médias vont s’acharner à les discréditer, en les présentant comme de furieux islamistes terroristes obscurantistes etc., on connaît la chanson. Non, ils ressemblent à leurs frères turcs, ils sont modernes, pragmatiques… Mais cela ne doit pas se savoir!» (2)     On le voit, Obama est en train de réussir là où Bush a échoué. Au lieu et place de la démocratie aéroportée en Irak et en Afghanistan avec les résultats désastreux que l’on sait, Obama poursuit les mêmes objectifs :  Ceux de l’impérialisme américain de plus en plus agressif au fur et à mesure que sa suprématie était battue; . Bref, là où Bush avait échoué avec son Grand Moyen-Orient en termes de méthode, pour avoir écouté les néo- conservateurs du Pnac, et, notamment sa secrétaire d’Etat Condoleezza Rice avec la méthode du chaos constructeur, Obama poursuit toujours le même but de la suprématie planétaire surtout depuis que le peak oil était devenu une réalité et que l’illusion des gaz non conventionnels n’a permis qu’un faible sursis. 

 Obama et ses stratèges mirent au point un scénario imparable, celui de «l’implosion contrôlée des Etats» de l’extérieur. Qu’on se souvienne! Cela a commencé avec le discours du Caire, le président Obama parla de liberté de respect de l’Islam, de démocratie… Cela ne passa pas inaperçu dans les pays musulmans et surtout arabes dont les masses harassées par des règnes dynastiques qui se chiffrent en dizaines d’années, attendaient le Messie Obama. On le sait, l’alternance n’est pas le credo des dirigeants arabes.    Ce fut ensuite l’aide inestimable, malgré tout, de WikiLeaks qui mit à jour la servilité des pays arabes et enfin la révolution de Facebook qui créa un espace virtuel de protestation savamment nourri. N’a-t-on pas vu les Etats-Unis demander à Ben Ali et Moubarak de ne pas bloquer Internet et mieux, dégager 25 millions de dollars pour les internautes iraniens ? 

En face les rodomontades dans les pays arabes ne trompent plus personne. Il se trovue même des « intellectuels organiques » qui en rajoutent en glorifiant le pouvoir. Un exemmple, entendu à la radio  chaine 3 ? la pertinence et la performance des systèmes éducatifs illustrée à titre d’exemple par les propos scandaleux d’un responsable de la recherche pourtant, ancien professeur brillant, qui a annoncé sans se démonter et sans débat contradictoire que tout va bien, que le système éducatif algérien est performant que le LMD cafouille à cause des vieux enseignants et que la recherche algérienne serait du niveau de celle de Harvard! Le ridicule ne tuant plus, je l’invite à lire cette information. «A la mi-janvier, le New York Times affirmait que les services de renseignements américains et israéliens ont collaboré pour développer Stuxnet. Apparu fin 2009, Stuxnet infecte un logiciel Siemens de contrôle des automates industriels très utilisés dans les secteurs de l’eau, des plateformes pétrolières et des centrales électriques. Sa fonction serait de modifier la gestion de certaines activités pour entraîner la destruction physique des installations touchées, selon les experts. Stuxnet aurait principalement frappé l’Iran, ce qui a laissé penser qu’il avait été conçu pour saboter ses installations nucléaires, mais il semble avoir aussi touché l’Inde, l’Indonésie ou le Pakistan. Le virus d’un côté sabote le fonctionnement des centrifugeuses et de l’autre ´´fait croire aux opérateurs que tout se passe bien même si ce n’est pas le cas´´, expliquait à Nouvelobs.com (Nouvelobs.com avec AFP 18 01 2011)». Voilà où en est la recherche dans un petit pays qui gouverne le monde scientifique par la puissance de sa recherche. Automates industriels 

Au risque de me répéter et comme je l’ai écrit, le moment est venu pour un changement pacifique. Que doit faire l’Algérie en toute lucidité pour faire aboutir les doléances justifiées des jeunes? Nous proposons sans être naïfs de mettre graduellement en place la non-violence qui est une philosophie qui délégitime la violence, promeut une attitude de respect de l’autre dans le conflit et une stratégie d’action politique pour combattre les injustices. Comme on le sait elle a été popularisée dès 1921 par Gandhi en Inde, c’est l’ahimsâ (du sanskrit a; «négation» et himsâ; «violence»). Pour Gandhi «la non-violence sous sa forme active consiste en une bienveillance envers tout ce qui existe». Pour Martin Luther King:«La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit.» Les militants de la non-violence distinguent la violence des situations et les réactions violentes qu’elles engendrent. Ils veulent dénoncer les situations de violence pour désamorcer les risques de crises violentes. Les moyens utilisés pour dénoncer ces situations de violence sont qualifiés de méthode «non-violente» par opposition aux méthodes les plus courantes dans l’Histoire, qui recourent à la répression, policière et/ou militaire, des réactions violentes aux situations de violence. L’action «non-violente» table donc sur des ressorts psychologiques humains de l’adversaire qui ne pourrait durablement s’exposer à paraître lâche en utilisant la violence armée contre des gens désarmés.» (3)

«Faut-il choisir écrit Sylvie Laurent, entre Gandhi et Lénine pour obtenir la libération d’un peuple opprimé? (..) Le père de la nation sud-africaine rejoignit en effet, dès sa libération en 1990, le panthéon des saints laïcs aux côtés de Gandhi et de Martin Luther King Jr. L’Indien, l’Américain et le Sud-Africain sont résolus à sortir les peuples de couleur du bas-côté de l’Histoire. Mais à la différence d’Ho Chi Minh ou de Ben Bella, ils sont célébrés ici comme des hommes de paix. La parole de Gandhi, sa morale et son éthique, furent non seulement initiatrices du combat de Mandela en Afrique du Sud mais inspiratrices du combat de Martin Luther King aux États-Unis. (…)C’est au philosophe américain Henri David Thoreau que l’on doit la première théorisation de la résistance passive, définie dans son ouvrage de 1849 Civil Disobedience. Seule la responsabilité individuelle peut, selon lui, guider le destin des hommes, qui ne doivent en aucun cas se soumettre à l’autorité d’un gouvernement civil. La loi n’est alors qu’une forme de violence qui se prétend légitime. L’État de droit est un oxymore.(…)» (4)

 

   A voir le spectacle donné par les partis qu’ils soient d’opposition ou du pouvoir, il est de mon point de vue tragique de risquer la vie des jeunes dans un combat douteux où les arrière-pensées ne sont pas absentes. Et si en définitive, on essayait la non-violence pour faire aboutir des revendications légitimes, nous montrerons à nos «amis» que l’Algérie a payé sa dette à l’Histoire, qu’elle refuse de se faire manipuler et qu’elle est résolument tournée vers l’avenir.

5 mars, 2011 à 23:19 | Commentaires (0) | Permalien


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